La maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) est devenue en quinze ans l’un des piliers de la réforme des soins primaires en France. Née de la volonté de rapprocher les professionnels de santé, de lutter contre l’isolement des praticiens en zone rurale et de mieux coordonner les parcours de soins, elle a profondément transformé la façon dont les Français accèdent à leur médecin.
Mais qu’est-ce qu’une MSP exactement ? En quoi se distingue-t-elle d’un cabinet de groupe classique ? Qui y travaille, comment elle fonctionne, et quels sont les avantages concrets pour vous, patient ? Ce guide vous donne toutes les réponses.
Définition officielle d’une MSP
Selon le Code de la santé publique (article L. 6323-3), une maison de santé pluriprofessionnelle est une personne morale constituée entre des professionnels médicaux, auxiliaires médicaux ou pharmaciens. Sa caractéristique fondamentale : elle dispose d’un projet de santé formalisé, qui définit les modalités de coordination, les protocoles de soins partagés et les objectifs communs de l’équipe.
La MSP est donc bien plus qu’un simple regroupement physique de soignants. C’est une structure organisationnelle qui repose sur trois piliers — une réponse directe aux déserts médicaux qui touchent 6 millions de Français :
- La pluriprofessionnalité : des soignants de différentes disciplines (médecine, soins infirmiers, kinésithérapie, orthophonie, pharmacie, diététique, psychologie, etc.)
- La coordination : des outils partagés (dossier médical partagé, protocoles de soins, réunions pluriprofessionnelles)
- Le projet de santé : un document contractualisé avec l’Agence Régionale de Santé (ARS) qui définit les orientations et les engagements de l’équipe
Les professionnels de santé dans une MSP
Une MSP peut accueillir une large gamme de professionnels. La réglementation fixe un minimum : deux médecins généralistes et trois professionnels de santé de catégories différentes. En pratique, les MSP comptent souvent de 5 à 20 professionnels :
Professionnels médicaux :
- Médecins généralistes (pilier de la MSP)
- Médecins spécialistes (parfois, en consultation délocalisée)
- Pédiatres, gynécologues (dans les grosses structures)
Auxiliaires médicaux :
- Infirmiers et infirmières (soins, prévention, éducation thérapeutique)
- Kinésithérapeutes
- Orthophonistes
- Orthoptistes
- Diététiciens
- Podologues
- Psychologues (souvent sous statut libéral)
Autres professionnels :
- Pharmaciens (dans certaines structures)
- Assistants médicaux (depuis 2019)
- Coordinateurs de parcours
La présence de ces professionnels variés permet une prise en charge globale du patient, depuis la prévention jusqu’au suivi des maladies chroniques.
Comment fonctionne une MSP au quotidien ?
Le projet de santé : la colonne vertébrale de la MSP
Chaque MSP doit rédiger et faire valider par l’ARS un projet de santé. Ce document, revu régulièrement, définit :
- Les missions prioritaires de l’équipe (prévention, gestion des maladies chroniques, soins non programmés…)
- Les modalités de coordination (fréquence des réunions, outils numériques utilisés)
- Les protocoles pluriprofessionnels (ex. : prise en charge du diabète de type 2, vaccination, sevrage tabagique)
- Les indicateurs de qualité suivis
C’est ce projet de santé qui distingue la MSP du simple cabinet de groupe et qui lui permet d’accéder aux financements collectifs de l’Assurance Maladie.
Le Dossier Médical Partagé (DMP)
Dans une MSP, les professionnels de santé partagent des informations cliniques grâce au Dossier Médical Partagé. Ce dossier numérique, géré par l’Assurance Maladie, contient les antécédents, les traitements en cours, les comptes rendus d’hospitalisation et les résultats d’analyses.
Avec votre accord, votre médecin traitant et les autres professionnels de la MSP peuvent accéder à ces informations, ce qui évite les redondances d’examens et améliore la sécurité des soins.
Les réunions pluriprofessionnelles
Une caractéristique fondamentale de l’exercice coordonné en MSP : les réunions régulières de concertation. L’équipe se réunit (hebdomadairement ou bimensuellement dans la plupart des MSP) pour discuter des cas complexes, actualiser les protocoles et partager les formations.
Ces réunions sont financées par la rémunération collective versée par la CPAM, ce qui incite les équipes à maintenir une vraie dynamique de coordination.
Financement des MSP : comment ça marche ?
Les MSP bénéficient de deux types de financements :
Le financement à l’acte (classique)
Comme dans tout cabinet libéral, chaque consultation ou acte paramédical est remboursé selon les tarifs conventionnels de l’Assurance Maladie. Les médecins en secteur 1 pratiquent sans dépassement d’honoraires.
La rémunération à l’équipe (spécifique MSP)
C’est le grand avantage financier des MSP. L’Assurance Maladie verse une rémunération collective calculée sur des indicateurs de qualité et de coordination :
- Nombre de patients pour lesquels une coordination active a été réalisée
- Respect des protocoles de prévention (dépistages, vaccinations)
- Prise en charge des soins non programmés
- Participation aux réunions et formations
Cette enveloppe collective permet d’embaucher des assistants médicaux, coordinateurs ou agents de secrétariat partagés, et de financer les outils numériques de la MSP.
Les aides à l’investissement
Les ARS et les collectivités locales (régions, départements, communes) soutiennent financièrement la création et le développement des MSP, notamment pour l’immobilier et l’équipement. Dans les zones rurales très déficitaires, ces aides peuvent être très significatives.
Avantages pour les patients
En tant que patient, vos droits dans une MSP restent les mêmes que dans n’importe quel cabinet médical — avec en plus les bénéfices de la coordination.
Un suivi plus coordonné
Votre médecin traitant ne travaille plus seul. Il peut rapidement solliciter un infirmier pour une éducation thérapeutique, un kiné pour une rééducation ou un coordinateur pour organiser votre retour à domicile après une hospitalisation.
Des soins non programmés organisés
La MSP organise des créneaux dédiés aux consultations sans rendez-vous pour les urgences relatives (otite de l’enfant, angine, douleur lombaire aiguë…). Vous n’avez plus à vous rendre aux urgences pour ces situations, ce qui est plus rapide, moins stressant et moins coûteux pour le système de santé.
Un accès facilité aux spécialistes
De nombreuses MSP organisent des consultations avancées avec des spécialistes qui viennent ponctuellement dans la MSP. Vous évitez ainsi de longs délais d’attente et des déplacements importants, surtout en zone rurale.
Une meilleure prévention
Grâce aux financements collectifs, les MSP développent des programmes de prévention : dépistage du diabète, bilan de santé, ateliers ETP (éducation thérapeutique du patient), ateliers de sevrage tabagique, etc. Ces programmes sont souvent gratuits ou très peu coûteux pour les patients.
La sécurité de la continuité des soins
En cas d’absence de votre médecin traitant (congés, formation, maladie), un autre médecin de la MSP peut assurer votre suivi avec une connaissance de votre dossier. C’est un avantage majeur par rapport au cabinet individuel.
MSP en France : les chiffres clés en 2025
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre de MSP | Plus de 3 500 |
| Professionnels de santé impliqués | 36 professions représentées |
| Patients suivis | Plus de 10 millions |
| Répartition géographique | 65 % en zone rurale ou semi-rurale |
| Croissance annuelle | +8 % par an depuis 2015 |
La France se situe dans la moyenne européenne pour le développement des soins primaires coordonnés, avec des pays comme les Pays-Bas ou le Royaume-Uni comme références en matière d’organisation.
La situation en Occitanie
L’Occitanie, région vaste et contrastée, compte de nombreuses zones rurales confrontées à la désertification médicale. La région a développé un réseau dense de MSP, soutenu par la FECOP (Fédération des équipes de coordination de l’offre de soins de Proximité), qui accompagne les projets de création et d’animation des MSP.
Des départements comme l’Aveyron, la Lozère ou les Hautes-Pyrénées, particulièrement touchés par la pénurie de médecins, ont fait des MSP un levier central de leur politique de santé territoriale. Des initiatives locales remarquables, comme la MSP de Saint-Affrique ou celle de Millau, démontrent que le modèle fonctionne même dans les territoires les plus fragiles.
Pour en savoir plus sur les MSP en Occitanie, consultez notre guide dédié : Maisons de Santé en Occitanie.
Liens utiles
Pour trouver une MSP ou en savoir plus sur leur fonctionnement :
- Ameli.fr — Annuaire des médecins et MSP (Assurance Maladie)
- Sante.fr — Carte des MSP (Service public)
- HAS — Exercice coordonné (Haute Autorité de Santé)
- FECOP Occitanie (accompagnement des équipes en Occitanie)
Questions fréquentes
Dans un cabinet de groupe, plusieurs médecins partagent des locaux mais exercent de manière indépendante. Dans une MSP, les professionnels de santé (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, etc.) travaillent ensemble selon un projet de santé formalisé, avec des protocoles de soins partagés et une coordination active des parcours patients.
En 2025, la France comptait plus de 3 500 maisons de santé pluriprofessionnelles, contre seulement 150 en 2010. Ce développement rapide s'explique par les politiques publiques de lutte contre les déserts médicaux et l'attractivité du modèle pour les jeunes professionnels de santé.
Oui, absolument. Vous pouvez désigner un médecin généraliste exerçant dans une MSP comme votre médecin traitant, exactement comme dans un cabinet classique. Ce médecin aura accès aux informations partagées par l'équipe, ce qui améliore la continuité de vos soins.
Non. Les consultations dans une MSP sont tarifées au même tarif que dans un cabinet classique. Les médecins conventionnés (secteur 1) pratiquent les tarifs de la Sécurité Sociale sans dépassement d'honoraires. La MSP peut même offrir des services supplémentaires grâce aux financements collectifs.
Les MSP reçoivent des financements classiques (honoraires des actes, remboursés par l'Assurance Maladie) et des financements collectifs spécifiques : la rémunération à l'équipe versée par la CPAM (Contrat Démographique de Santé), des aides à l'investissement des ARS et des collectivités locales, et parfois des fonds européens.
La réglementation exige au minimum deux médecins généralistes et trois professionnels de santé de catégories différentes pour constituer une MSP. En pratique, la plupart des MSP rassemblent entre 5 et 15 professionnels : médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, pharmaciens, diététiciens, etc.
Oui, c'est l'un des avantages majeurs des MSP. Grâce à la coordination d'équipe, elles organisent des créneaux dédiés aux soins non programmés (consultations sans rendez-vous pour les urgences relatives), ce qui réduit la pression sur les services d'urgences hospitalières.
