Dans un système de santé en pleine mutation, les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) représentent une réponse innovante aux enjeux d’accessibilité, de continuité et de qualité des soins. Portées par des initiatives comme la FECOP (Fédération des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé) et les FORMS (Fédérations Régionales Organisées pour la Santé) en Occitanie, ces structures incarnent l’exercice coordonné en soins primaires, un modèle où les professionnels de santé collaborent étroitement pour offrir une prise en charge globale et personnalisée.
En Occitanie, où le territoire rural et les déserts médicaux posent des défis majeurs, les MSP jouent un rôle clé dans la redynamisation des soins primaires. Elles permettent de mutualiser les ressources, d’optimiser les plannings et de proposer des parcours de santé fluides, de la prévention au suivi des maladies chroniques. Découvrez dans ce guide les 15 métiers qui animent ces structures, leurs rôles précis, et comment leur collaboration transforme concrètement l’accès aux soins.
1. Médecin généraliste : le pilier de la MSP
Le médecin généraliste est au cœur de la MSP. Il assure le suivi médical global des patients, coordonne les soins et oriente vers les spécialistes si nécessaire. En MSP, il bénéficie d’un environnement pluriprofessionnel qui facilite la prise en charge des pathologies chroniques (diabète, hypertension) ou des situations complexes (multimorbidité). Pour comprendre le fonctionnement d’une MSP dans son ensemble, son rôle de pivot est essentiel.
Dans une MSP, le médecin généraliste peut déléguer certaines tâches (suivi infirmier, éducation thérapeutique) et se concentrer sur les cas les plus complexes. La MSP lui permet aussi de partager les gardes et les astreintes, réduisant ainsi sa charge administrative.
Formation requise : doctorat en médecine + internat en médecine générale (3 ans) + DES en médecine générale.
2. Infirmier(ère) libéral(e) : le maillon essentiel des soins de proximité
L’infirmier(ère) libéral(e) intervient à domicile ou en cabinet pour réaliser des soins techniques (injections, pansements, prélèvements) ou des actes de prévention. En MSP, il/elle collabore étroitement avec les médecins pour assurer un suivi continu des patients, notamment ceux atteints de maladies chroniques ou en perte d’autonomie.
En intégrant une MSP, l’infirmier(ère) gagne en visibilité et en stabilité. La coordination avec les autres professionnels améliore la qualité des soins : un infirmier peut signaler une aggravation chez un patient à son médecin traitant, qui ajustera le traitement immédiatement.
Formation requise : diplôme d’État d’infirmier (3 ans d’études après le bac).
3. Infirmier(ère) en pratique avancée (IPA) : une expertise élargie
L’infirmier(ère) en pratique avancée (IPA) est un(e) professionnel(le) paramédical(e) formé(e) pour prendre en charge des patients souffrant de pathologies chroniques. En MSP, l’IPA peut prescrire des examens, ajuster des traitements dans le cadre d’un protocole médical, ou assurer le suivi de patients diabétiques (contrôle de la glycémie, éducation thérapeutique).
L’IPA représente une solution concrète pour désengorger les médecins généralistes, tout en améliorant l’accès aux soins. Découvrez le témoignage d’une infirmière en pratique avancée pour comprendre son quotidien en MSP occitane.
Formation requise : diplôme d’État d’infirmier + master en pratique avancée (2 ans) + inscription au RPPS.
4. Masseur-kinésithérapeute : rééducation et prévention
Le masseur-kinésithérapeute intervient pour rééduquer les patients après une blessure, une opération ou une maladie (AVC, lombalgie). En MSP, il joue aussi un rôle clé en prévention : ateliers sur les bonnes postures, dépistage des troubles musculo-squelettiques (TMS), éducation thérapeutique pour les patients atteints de BPCO.
L’intégration d’un kinésithérapeute en MSP permet de raccourcir les délais de prise en charge grâce à la proximité géographique et de proposer des parcours rééducatifs complets (post-opératoire, neurologique).
Formation requise : diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute (4 ans d’études après le bac).
5. Orthophoniste : troubles du langage et de la communication
L’orthophoniste évalue et prend en charge les troubles du langage (dysphasie, bégaiement), de la parole (dysarthrie), ou de la déglutition, notamment chez les personnes âgées ou après un AVC. En MSP, il/elle travaille en lien avec les pédiatres, les neurologues et les médecins généralistes pour dépister précocement les troubles chez l’enfant et rééduquer les patients après un AVC.
L’orthophoniste apporte une expertise rare en soins primaires, souvent absente des cabinets médicaux classiques.
Formation requise : certificat de capacité d’orthophoniste (5 ans d’études après le bac).
6. Podologue-pédicure : santé des pieds et prévention

Le podologue-pédicure prend en charge les problèmes liés aux pieds : soins des ongles incarnés, traitement des cors et callosités, confection de semelles orthopédiques. En MSP, il/elle joue un rôle clé pour les patients diabétiques (prévention des plaies) ou les seniors (prévention des chutes).
L’intégration d’un podologue en MSP réduit les complications chez les patients diabétiques et améliore la mobilité des seniors grâce à des semelles adaptées.
Formation requise : diplôme d’État de pédicure-podologue (3 ans d’études après le bac).
7. Diététicien(ne) : nutrition et prévention
Le/la diététicien(ne) éduque les patients sur les bonnes pratiques alimentaires, pour perdre du poids, gérer une maladie chronique (diabète, hypertension) ou prévenir des carences. En MSP, il/elle anime des ateliers collectifs sur l’équilibre alimentaire et assure le suivi individuel des patients obèses ou diabétiques.
Le diététicien(ne) est un acteur clé de la prévention en santé : il réduit les hospitalisations liées à une mauvaise alimentation et participe aux programmes de santé publique (prévention de l’obésité, lutte contre la dénutrition des seniors). Pour connaître les droits des patients en MSP concernant l’accès à ces professionnels paramédicaux, la page dédiée détaille les conditions de prise en charge.
Formation requise : BTS diététique ou BUT génie biologique option diététique.
8. Psychologue clinicien(ne) : santé mentale et bien-être
Le/la psychologue clinicien(ne) prend en charge les troubles psychiques (anxiété, dépression) ou accompagne les patients en situation de crise (deuil, burn-out). En MSP, il/elle évalue les besoins des patients, propose des thérapies brèves (TCC) et participe aux groupes de parole pour les maladies chroniques.
L’intégration d’un psychologue en MSP permet de désengorger les services de psychiatrie en proposant des soins de proximité et d’améliorer la qualité de vie des patients.
Formation requise : master en psychologie clinique (5 ans d’études après le bac).
9. Pharmacien(ne) : expert(e) du médicament
Le/la pharmacien(ne) joue un rôle central dans la dispensation des médicaments et l’accompagnement des patients (vérification des interactions médicamenteuses, conseils sur l’observance). En MSP, il/elle optimise les prescriptions, réduit les poly-médications et propose des services innovants (dépistage de l’hypertension, vaccination).
Formation requise : doctorat en pharmacie (6 ans d’études après le bac).
10. Sage-femme : santé des femmes à tous les âges
La sage-femme prend en charge la santé des femmes, de la grossesse à la ménopause. En MSP, elle suit les grossesses, assure les consultations post-natales, dépiste les cancers féminins et propose des ateliers de préparation à la naissance. Elle désengorge les services hospitaliers pour les grossesses à bas risque.
Formation requise : diplôme d’État de sage-femme (5 ans d’études, dont 4 ans en école de sages-femmes).
11. Dentiste : santé bucco-dentaire et prévention
Le dentiste prend en charge les soins dentaires (caries, extractions) et la prévention (détartrage, fluorisation). En MSP avec plateau dentaire, il collabore avec les médecins pour les patients à risque (diabétiques, cardiaques) et participe au dépistage des cancers buccaux. Sa présence améliore l’accès aux soins dentaires dans les déserts médicaux.
Formation requise : doctorat en chirurgie dentaire (6 ans d’études après le bac).
12. Coordinateur(trice) de MSP : le cerveau administratif de la structure

Le/la coordinateur(trice) de MSP est le maillon administratif indispensable sans lequel la structure ne pourrait pas fonctionner. Ce professionnel anime l’équipe pluriprofessionnelle, coordonne les projets de santé, gère les relations avec l’ARS, la CPAM et les partenaires institutionnels, et assure le suivi des indicateurs de qualité.
En Occitanie, la formation des coordonnateurs a été l’une des missions historiques de la FORMS (aujourd’hui FECOP), en partenariat avec l’ARS. Ces formations permettent aux coordinateurs de maîtriser à la fois les aspects réglementaires (ACI, SISA, projet de santé) et les outils de management d’équipe pluriprofessionnelle. Pour l’accompagnement familial par les professionnels de santé, la coordination MSP joue également un rôle clé dans l’articulation avec le médico-social.
Formation requise : formation de coordonnateur MSP (proposée par l’ARS Occitanie et les fédérations régionales), souvent accessible après une licence ou un master en management de la santé, ou après une expérience paramédicale.
13. Assistant(e) médical(e) : soutien opérationnel du médecin
L’assistant(e) médical(e) est un professionnel formé pour soulager les médecins des tâches administratives et cliniques de premier niveau. En MSP, il/elle accueille les patients, prépare les consultations (mesure du poids, de la tension, de la saturation), gère les dossiers médicaux et assure le suivi des dépistages.
Depuis le déploiement du dispositif des assistants médicaux en 2019, de nombreuses MSP d’Occitanie ont recruté ces profils. Un médecin accompagné d’un assistant médical peut augmenter sa patientèle de 15 à 20 %, ce qui représente une réponse concrète à la pénurie médicale. Pour trouver une maison de santé dans votre département qui intègre un assistant médical, l’annuaire régional vous permettra de filtrer les structures par composition d’équipe.
Formation requise : titre professionnel d’assistant médical (formation de 14 mois, accessible avec le bac et une première expérience dans le secteur médical).
14. Médecin spécialiste consultant : la spécialité accessible localement
Le médecin spécialiste consultant (dermatologue, cardiologue, gynécologue, psychiatre) exerce dans la MSP en vacation — c’est-à-dire quelques demi-journées par semaine ou par mois. Ce modèle permet aux MSP rurales d’offrir un accès à des spécialités sans que celles-ci soient présentes en permanence.
En Occitanie, les MSP d’Aveyron et de Lozère ont développé des conventions avec des spécialistes de Montpellier, Toulouse ou Rodez pour assurer des vacations régulières. Ce modèle réduit considérablement les délais d’attente pour des spécialités souvent inaccessibles en milieu rural.
Formation requise : doctorat en médecine + internat spécialisé (4 à 6 ans selon la spécialité).
15. Travailleur(euse) social(e) : le lien entre santé et social
Le/la travailleur(euse) social(e) intégré(e) dans une MSP assure le lien entre la santé médicale et les dimensions sociales (logement, précarité, isolement, droits sociaux). Il/elle accompagne les patients en situation de vulnérabilité, les oriente vers les services compétents (CAF, MDPH, aide alimentaire) et participe aux réunions pluriprofessionnelles pour signaler les situations complexes.
Ce professionnel est particulièrement précieux dans les territoires ruraux occitans où l’isolement social se cumule souvent avec les difficultés d’accès aux soins.
Formation requise : diplôme d’État d’assistant de service social (3 ans d’études après le bac), ou titre d’éducateur spécialisé, ou de conseiller en économie sociale et familiale.
La coordination : cœur du modèle MSP
Ces 15 métiers ne font pas seulement coexister des professionnels dans un même bâtiment. Ils constituent une équipe de soins primaires au sens le plus fort du terme : des professionnels qui partagent un projet de santé formalisé, des protocoles de coopération, des outils numériques communs, et une culture de la concertation.
L’exercice coordonné en MSP réduit les doublons, améliore la continuité des soins et offre une prise en charge plus globale au patient — physique, mentale et sociale. En Occitanie, où la FECOP accompagne plus de 80 projets de MSP actifs, ce modèle continue de s’imposer comme la réponse la plus efficace aux défis des déserts médicaux.
Questions fréquentes
Une MSP peut accueillir jusqu'à 36 professions de santé différentes. En pratique, la taille de l'équipe varie selon le territoire et le projet de santé. Les MSP rurales comptent souvent 5 à 10 professionnels, tandis que les MSP urbaines ou semi-urbaines peuvent rassembler 15 à 25 praticiens.
L'IPA est un infirmier titulaire d'un master (2 ans supplémentaires) qui peut prendre en charge certains patients de façon semi-autonome, dans le cadre d'un protocole signé avec un médecin. Il peut prescrire des examens, adapter des traitements et assurer le suivi des maladies chroniques — des actes hors de portée d'un infirmier libéral classique.
Le coordinateur de MSP n'est pas nécessairement soignant. Son rôle est administratif et stratégique : il anime l'équipe, coordonne les projets, gère les relations avec l'ARS et la CPAM, et assure le bon fonctionnement de la structure. Il peut avoir une formation en management de la santé ou venir du monde paramédical avec une spécialisation.
La situation est très variable. Les MSP des grandes villes (Montpellier, Toulouse) ont peu de difficultés. En revanche, les MSP rurales d'Aveyron, de Lozère ou d'Ariège peinent à recruter des médecins généralistes et certains spécialistes. La FECOP (ex-FORMS) accompagne ces territoires pour améliorer l'attractivité des postes.
Oui, c'est même très courant. Beaucoup de spécialistes (dermatologue, cardiologue, gynécologue) exercent en vacation dans les MSP, c'est-à-dire quelques demi-journées par semaine ou par mois. Cette formule permet aux MSP rurales d'offrir un accès à des spécialités sans que celles-ci soient présentes en permanence.
